Journal d'un voyage de potes II : La marche des deux cols

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oh les potes, oh les potes, oh les potes

Un voyage de potes a de l'intérêt non pas pour ses conditions extérieures, aussi harmonieuses soient-elles, mais pour les lunettes qui permettent de percevoir celles-ci. Et quelles lunettes ! Pour ma part elles avaient le goût de la peur, voire de la terreur. Je me remémore la panique des hauteurs du col de Chavière, il y a deux ans avec Jepetto et JHN, et je me dis que le vrai défi de cette randonnée ne sera ni de convertir les moines de l'hospice du Grand Saint-Bernard à la Grande Cause du Sivaland, ni de ressembler au bobz à moustache des inconnus du lac pour séduire Jepetto, mais bel et bien d'affronter la peur de la montagne, du vide, de la mort.

Vendredi 26 Juillet 2013 : départ.

21h00.

Je suis à Bagneux et je viens d'effectuer un concert au sein du prestigieux groupe des Bigmoneymakers. Nous sommes à l'opposé des rocailles lunaires. À la fin de mon concert, je m'empresse de retourner aux loges, d'enfiler ma tenue de scène pour la montagne - bob chinois et short à rayures - pour pouvoir partir et avoir mon train. À mon départ des loges, j'ai le droit à quelques séances photos dues à ma tenue, mais cela ne m'empêche guère d'arriver en avance à la gare d'Austerlitz. D'ailleurs, les agents de la SNCF ont pensé à moi, ils ont installé des installations musclo-sportives qui tombent à pic avec mes intentions de grossir par peur d'être considéré comme maigre dans le compte-rendu de l'IMC. Mieux que ça, ils ont installé un piano en plein milieu de la gare ! Un SMSS interprète une sonate de Beethoven. J'admire, même si je voudrais bien faire retentir quelques notes des chants du Sivaland dans la gare. Tant pis, ce sera pour notre retour, si je ne suis pas mort..

(Il est maintenant temps de vous présenter notre fine équipe. Vous prenez les même que la dernière fois, à savoir JHN et JPK, vous rajoutez Joël Power, un artiste peintre obsédé par les fourmis, et Martin Gasparutto, un chercheur chevronné de la conscience humaine qui aura un rôle prédéterminant dans l'acte d'être mon Guide sur les plus hauts cols).

23h12.

Départ du train, destination le toit de l'Europe.

Samedi : premier jour, premières péripéties.

Nous sommes officiellement au premier jour de cette épopée. Après une nuit plus ou moins bonne dans les couchettes de la SNCF, nous sommes fin prêts à entamer notre marche, non sans une fatigue préexistante.

11h00.

Comme toute bonne histoire, il faut des péripéties, et voici la première : JHN se rend compte qu'on a oublié les piquets de la tente de le train, et sans piquet, pas de tente, et sans tente, pas d'épopée. La communauté se scinde en deux pour pouvoir les retrouver. Une heure plus tard, tout est rentré dans l'ordre. Après quelques séances d'achat de sel au supermarché de Martigny, de stop et de renseignement météorologique à la pharmacie, la marche peut commencer.

15h00.

Après 30 minutes de marche, nous effectuons notre première montée, et qu'est-ce que c'est dur ! Avec mes 13 Kg sur le dos, la pente à 87% et ma lymphe, je peine à faire chaque pas. J'écoute les conseils de Martin et essaie de suivre son rythme mais cela n'entache pas ma sensation d'être gros. D'ailleurs pas de doute, cette randonnée, le gros de la bande, ce sera moi. 300 mètres plus haut, on s'arrête pour manger du riz, et je me demande sérieusement comment je vais faire pour monter des cols à cette cadence.

17h00.

La marche continue avec un peu plus de facilité. Nous entrons dans une forêt, les chemins deviennent plus étroits, et les ravins sur le côté plus grands, mais ça va. En fait, ça va jusqu'au moment où j'entends Joël au loin s'écrier

- Oh les potes, François va aimer ce passage !

Et là, j'aperçois d'un trou dans le sentier comblé par une auge qui surplombe le ravin susceptible de matérialiser ma peur de mourir. Paralysé par la peur, et après quelques débats politiques, je me décide à mettre un pied dans cette ferraille, et, surprise, ça ne bouge pas ! Je traverse donc cette passerelle tout droit sortie d'un film de Jean-Jacques Annaud sans trop de problèmes.

Le compte-rendu du premier jour de la randonnée pourrait s'arrêter là, mais ce serait sous-estimer la perte de sardines de notre tente qui a donné naissance en nous à la capacité d'improviser la construction d'une tente avec de la ficelle chinoise et des pierres montagnardes. Je veux aussi rendre hommage au conducteur du pick-up qui nous a permis de faire demi-tour de notre chemin car on s'était égaré, et aux paysans du coin qui ont bien voulu qu'on campe sur leur terre. Paix à tous.

Dimanche : le jour le plus long.

9h00.

J'ai passé une nuit horrible. Je n'ai dormi que 27 minutes, et j'ai peur que la fatigue me fasse glisser dans les cols. Je me sens triste, j'ai peur, et je veux retourner à Paris. Après une discussion au sommet digne du téléphone rouge avec JHN et un verre de jus d'orange dans un village Suisse, je me raisonne et décide de continuer l'aventure en essayant de faire preuve de courage et en visant l'intérêt supérieur de la Patrie.

12h00.

La route reprend. Nous traversons une combe sans fin mais magnifique mais sans fin : la combe de l'A. Je discute avec Martin à propos de ma peur de la montagne et de la peur de la mort. Il tente de me rassurer en me disant qu'après la mort, il y a une vie sans frontières qui nous attend. Je lui rétorque, en tant que bon matérialiste rationaliste, qu'après la mort je pense que c'est le néant. S'ouvre alors un autre débat qui a au moins la vertu de m'occuper l'esprit.

19h00.

Comme toute combe qui se doit, celle-ci débouche sur un col, seul et unique passage pour pouvoir sortir de la combe. Oui, je veux bien parler du col du Névée de la Rousse. Les passages des cols sont les moments les plus effrayants pour moi, et celui-ci n'échappe pas à la règle. Dès le pied du col, je peine à marcher à cause de l'effort et de la fatigue. Et puis j'aperçois au loin des longues plaques des neiges et des pierriers. Épuisement + peur = "oh les potes on va mourir !". Cela ne m'empêche pas d'avancer, d'appeler Martin ou Hugo à l'aide, d'avoir l'impression de marcher sur des oeufs cassés, et enfin de gravir le col avec toute la beauté, la fierté et les barres de céréales récompensantes que cela implique.

20h00.

Malgré notre désir de rendre cet évènement éternel, nous observons des nuages qui noircissent à mesure que le temps passe, et puis le Soleil va bientôt se coucher. Il faut donc se dépêcher de descendre le col et de trouver un endroit pour camper tout en se protégeant de l'orage barbare qui se prépare. Cet endroit sera une bergerie qui habrite Christian, un sympathique berger aux allures de Viking écoutant des airs pink floydesque.

21h00.

Nous plantons notre tente à côté de la bergerie, sous le vent et les nuages menaçants. Je prie pour bien dormir et être en forme demain pour pouvoir faire la journée la plus dangereuse selon les prévisions de JHN : celle du passage du pas des chevaux.

Lundi : arrivée en trombe au Sivaland.

4h00.

Je ne parviens pas à trouver un sommeil réparateur et profond, de toute façon, l'orage est à côté de nous. Je tente de réveiller JHN et Jepetto pour les prévenir de l'orage qui guette.

5h00.

Un éclair. Une seconde après, un coup de tonnerre. Oh Paris-Sud, université scientifique lointaine de notre emplacement, aide moi à faire le calcul :
l'orage est à 300 mètres ! Il faut se réveiller au plus vite et se mettre à l'abrit de l'orage sous le proche de la bergerie. Nous voilà tous les trois remplis de pluie, tremblants de froid et manquant de sommeil. C'est peut-être le moment le plus inconfortable de la randonnée. Finalement l'orage s'en va, et nous pouvons aller nous rendormir cette fois profondément.

9h00.

J'entends la voix de Martin qui nous incite à nous lever, et je crois rêver. 30 minutes après, nous nous levons pour de bon. Le berger nous dit que l'idée de faire notre itinéraire du jour est une mauvaise idée, car la pluie, le brouillard et l'orage continuant à gronder au loin risque de rendre l'aventure ghetto. Et voilà toute ma peur qui s'envole ! Je suis sauvé (au moins pour aujourd'hui).

14h00.

Nous redescendons donc dans la vallée pour atterrir dans un restaurant d'un minuscule village. Nous nous réconfortons autour d'une fondue Suisse qui m'apprend à aimer la fondue et qui transcende toute notre fatigue. Je redécouvre les joies de voir Jepetto s'enfermer 30 minutes dans des toilz, les joies de commander de l'eau pétillante avec Jepetto et de débattre avec Joël à propos de cette phrase de Spinoza : « Il n'y a pas d'espoir sans crainte, ni de crainte sans espoir ».

18h00.

Alerte info : deux membres rejoignent la communauté de la randonnée des potes. Ils se prénomment Anais et Sébastien. Je suis joyeux à cette idée, et ce pour trois raisons : ce sont des personnes qui me semblent simples et agréables, cela va rajouter de la diversité dans notre équipe, et puis peut-être auront-ils aussi peur que moi dans les cols - ainsi nous pourrons organiser une contre-équipe pour passer les cols en hélicoptère. Après les avoir cherchés à la gare, nous montons tous ensemble au col du Grand Saint-Bernard en taxi. Le conducteur nous rassure sur les dangers de notre randonnée en nous apprenant qu'il n'y a pas d'ours en suisse mais des loups.

20h00.

Arrivée en trombe au Sivaland. Nous y voilà, nous sommes au pic du voyage. Nous entrons dans l'hospice et découvrons cet endroit magnifique ainsi que l'ambiance qui y règne. Un souper bien mérité nous attend.

21h00.

C'est l'heure de la prière du soir. Voilà peut-être dix ans que je n'ai pas assisté à une prière. C'est un moment magique. Et puis ça fait plaisir d'entendre des mélodies. Cette prière m'inspire pour modifier mes formules de politesse. Voici à présent comment je dirai au revoir :

- Puisse le Sivaland vous bénir, pour les siècles des siècles.

23h00.

Nous sommes dans le dortoir, j'en profite pour taquiner Jepetto en lui faisant il sait quoi, et nous nous endormons dans la joie et la béatitude.

Mardi : jour éternel.

7h30.

J'entends une musique en mode André Rieux. Je crois rêver. Cela ne peut pas être la sonnerie d'un pote, non. C'est trop fort pour ça. Je sais, la musique vient des murs de l'hospice ! Pas de doute : nous sommes bien au Sivaland ! Je me réveille à côté de Martin qui cette nuit a fait 7 rêves qu'il a notés sur son petit carnet. je me dis que si je faisais de même, je pourrais avoir accès à mon inconscient plus que jamais. Allons à présent prendre le petit déjeuner.

9h00.

Je décide de méditer dans la chapelle du Sivaland. Juste observer l'acte d'inspirer et d'expirer, juste ressentir les choses plutôt que de penser aux futurs cols qui nous attendent. Je me sens apaisé.

11h00.

Je rejoins Anais et Sébastien au salon de l'hospice. Je découvre un conte soufi magnifique qui nous délivre le message suivant : ne pas chercher le bonheur dans les conditions extérieures mais à l'intérieur de nous.

13h00.

J'aide Hugo à fabriquer des nouvelles sardines pour notre tente, à l'aide de bouts de métal. Je discute aussi avec Étienne, une vielle personne au look de marin. Je veux rendre hommage à ce monsieur qui semble souffrir énormément, et qui s'est montré, malgré la douleur, bienveillant et aimant envers nous.

15h00.

Avec Hugo et Anais, nous traversons le magnifique lac du col, passons la frontière séparant la Suisse et L'Itaie, et allons chercher du pain aux mille et une pépites dans un bistrot Italien.

16h00.

Le reste de l'après-midi se déroule au même rythme que la matinée. Chapelle / discussion avec Étienne / contemplation du paysage. Je discute aussi avec un père qui est d'une bonté à faire pâlir le Sivaland. Même si je ne suis pas croyant, l'Amour qui se dégage de cet endroit m'émerveille. C'est une vraie rupture avec ma vie Palaisienne.

21h00.

C'est l'heure de la prière du soir. Ensuite s'ensuit une discussion avec Martin à propos de la réincarnation. Je n'y crois pas, mais je me dis que dans une vie antérieure, j'aurais été un bon troubadour.

00h00.

Je vais me doucher, et à la sortie je tombe nez à nez avec le père dont je parlais plus haut. Il me dit en plaisantant que ce n'est pas bien de trainer dans les couloirs de l'hospice à cette heure-ci. Ainsi soit-il, demain nous reprenons la route. Bonne nuit à toutes et à tous.

Mercredi : un nouveau départ.

7h30.

Réveil musical non pas cette fois avec André Rieux, mais avec Bach, c'est d'autant plus classe ! Nous prenons notre deuxième et dernier petit déjeuner au Sivaland, et une photo d'au revoir avec Étienne. Nous reprenons le chemin des sentiers et des cols, non sans une petite larme à l'oeil.

12h00.

Premier col de la journée, mais celui-là est assez simple. Il n'y a pas de grandes difficultés. Comme d'habitude, nous avons une vue magnifique en haut du col et nous observons une maison abandonnée dans les hauteurs de la montagne. On se dit que ça pourrait bien être une bergerie, mais aussi une percherie (terme inventé par les potes désignant une maison abritant Les Fous), ou bien même une sergerie (terme inventé par les potes désignant une maison abritant Marc Sergent (qui, faut-il le rappeler, est le membre fondateur de la SBDP)).

16h00.

Deuxième col de la journée, mais celui-là est bien plus dur. Je crois, avec le recul que c'est celui qui m'a procuré le plus de venin de la peur. Nous montons une montée de neiges éternelles pendant quelques bonnes minutes tout aussi éternelles, avec la crainte de ne pas glisser. Ensuite, le pierrier. Avec un chemin tracé tout de même, mais que j'ai monté en étant accroupi sous la terreur en disant des choses absurdes à JHN du style : "Oh, si je meurs pas, je te composerais toutes les mélodies atonales que tu voudras pour tes prochains longs métrages !". Bien évidemment, je retire ce que j'ai dit. N'est pas Pierre Boulez qui le souhaite.

17h00.

En haut du col, je ne veux pas me répéter en disant que la vue est magnifique.

18h00.

Nous sommes descendus du col et avons atterri près d'un lac, et près d'un refuge qui semble abriter des bo's (on pourrait presque appeler cela une bourgerie). Nous nous baignons les pieds ou le corps pour les plus courageux, et je peux apercevoir la carrure du Peck's des montagnes.


JPK, Anaïs Deliry

21h00.

Nous allons boire un verre de génépi et une "apple pipe" au refuge. À un moment, je vois les jeunes étudiants du refuge (oui parce que c'est un refuge en construction, construit par des étudiants bénévoles il me semble) prendre des guitares et chanter. Du coup, au bout d'un moment, je les rejoins et tente de chanter en italien, mais ce n'est pas aussi facile que Jean Ferrat. Au bout d'un moment, tout le monde s'arrête de jouer, et ils commencent à discuter assis, en rond, sans que je comprenne un mot de ce qu'ils disent. J'apprends plus tard grâce à mon voisin qu'ils débattent à propos du Padre Hugo (prêtre italien qui a aidé la construction d'une école en Amérique latine, et qui est le fondateur de l'association créatrice de ce refuge). Peu après, nous discutons avec ces Italiens, et je les trouve bons. Il y a une ambiance bienveillante qui se dégage de cet endroit, et ça me plaît.

23h00.

Je suis dans la tente, tout seul, car JHN est allé voir les étoiles avec Anais, et que Jepetto est allé faire kak's près du lac. J'entends Jepetto revenir, du coup je fais semblant d'incanter des prières du Sivaland dans mon faux sommeil, histoire qu'il n'est pas de doutes sur ma ravageance. Voilà, JHN revient, et on s'endort sous un ciel magnifiquement rempli d'étoiles et de la voie lactée. JHN nous fait part de sa vision d'une lumière qui venait d'un coin perdu des montagnes, et qui ne peut vraisemblablement pas venir d'une habitation, et de sa vision scientifique du présent qui insinue le fait que la première randonnée des potes est tout aussi présente que celle-ci. Je m'endors dans un sentiment de beauté et d'effroi. Pas de doute, je suis bel et bien vivant.

Jeudi : l'épreuve du col de Malatra.

9h00.

Comme d'habitude, nous sommes réveillés par la voix grave de Martin. Une heure après, j'apprends que nous allons traverser l'épique col du Malatra. Son nom et sa réputation ne laissent pas de bons présages à Frahn (c'est la partie de mon ego qui est peureuse. Si vous voulez comprendre l'étymologie de ce mot, je vous invite à venir manger du poulet chez moi avec mamamamamère (en écho au rap de Jipoutou)).

11h00.

Nous nous apprêtons à partir, et je demande à un petit italien du refuge si le col du Malatra est dangereux. Ce petit pédé me dit que non mais qu'il y a une corde (désolé, si tu lis ça ce n'est pas contre toi, mais ça m'a vraiment pas plus ce que tu m'as dit). Alors là, tout mon imaginaire de sept ans au Tibet avec Brad Pitt qui tombe de l'Hymalaya et tout le tralala se met en place.

12h00.

Sur le chemin, je rencontre un italien fou qui monte les montagnes avec une mini-boombox passant en boucle de la musique Wagnérienne et postromantique. Il semble rageux. Je lui demande si c'est dangereux de passer le col de malatra, et voici sa réponse : "nessun pericolo".

13h00.

Je suis face au col du Malatra, et le chemin semble infaisable ! Je panique, et évoque à JHN et Martin mon plan de secours qui consiste à faire demi-tour et de rejoindre Aoste (notre ville d'arrivée) par la vallée. Cette évocation a eu au moins le don d'amuser ma galerie, jusqu'au moment où Martin, mon guide de montagne je ne le répèterais jamais assez, me force à mettre un pas devant l'autre et de continuer le chemin.

14h00.

Nous voilà en haut du col ! En fait, c'était moins flippant que ce que je pensais. Le passage du pierrier s'est bien déroulé, et le passage avec la corde était impressionnant mais sans danger. Comme d'habitude, il y a eu beaucoup de fumée, mais aucun incendie. C'est à cause de mon dragon qui vit dans ma tête. Surement. En tout cas, nous retrouvons l'italien Wagnérien de tout à l'heure qui veut qu'on le prenne tout seul en photo en haut du col. Je demande à JHN comment on dit "Monsieur" en italien, et là, l'italien me répond : "Signore". Je lui demande alors ce qu'il pense du compositeur Ennio Morricone, et il me répond en grimaçant : "spaghetti western". On est fixé.

15h00.

Déjeuner bien mérité à base de stuffàpotes. J'en profite pour sortir mon kasou et pour inventer des mélodies qui représentent chaque membre de la randonnée des potes. Je découvre enfin le vrai Peck's des montagnes, comme vous pouvez surement le voir sur les photos ci-contre, et je m'engage dans un combat contre lui.

16h00.

Nous arrivons à une sergerie remplie de vaches. Peck's s'enfuit seul dans les broussailles. 18 minutes cette fois.

19h00.

Nous avons traversés le TMB (tour del monte bianco) et avons entrevus le massif du mont blanc. Meraviglioso. Nous avons pour projet de camper à côté d'un refuge privé. Nous nous arrêtons quelques instants, 10 minutes avant d'arriver au refuge. Nous entrevoyons des petits scouts qui semblent nous traiter "d'enculo" et nous faire des doigts du bonheur. Je leur répond avec un coup de kasou. En fait, nous apprendrons plus tard que leurs actes étaient dirigés contre le refuge en question. En effet, le patron veut nous interdire de camper à côté de son refuge en nous menacant d'appeller le garde forestier du Sivaland. En effet, nous n'avons pas le droit de camper à moins de 2500 mètres dans la montagne où nous sommes. Voici ses propos : "Tous les soirs, c'est toujours la même MERDE !". Je dois vous avouer, mes chers compatripotes, qu'au début j'ai cru que c'était un mafieux qui nous mentait sur le bienfondé de l'interdiction et qui rageait car on ne dormait pas dans son refuge. J'ai appris par la suite que c'est un brave homme et qu'il avait raison sur la loi. Paix à ton âme.

21h00.

Finalement, nous nous sommes décidés. Nous allons passer la nuit dans le refuge. Les cuisiniers tibétains nous préparent des pâtes à la sauce tomate à en faire rougir plus d'un. Surpise, nous retrouvons l'italien Wagnérien ! J'apprends qu'il aime Beethoven, Schubert, Bach, mais bisarement, quand je lui parle de Schoenberg, il fait la même grimace que celle qu'il a faite pour Moriconne.

23h00.

Nous nous endormons dans le dortoir avec une conviction : nous n'avons plus de cols à passer, et nous sommes donc sauvés.

Vendredi : dernier jour, drnières péripéties.

10h00.

Nous partons du refuge après avoir mangé un petit déjeuner au refuge (plus hyprconcrétiviste que ça, je n'ai pas).

14h00.

Nous descendons à Cromayer. La cité, nous sommes de retour. Nous allons déjeuner dans une pizzeria où nous faisons connaissance avec une famille de Normand. J'apprends que le père de famille, symbole indécrassable de la virilité et de la patrie, a aussi peur en haut des montagnes. Du coup, je me sens moins seul dans la peur de Frahn. À propos de peur, Joel m'avait demandé quelle serait ma prochaine peur après la montagne, et j'ai trouvé : c'est la peur de faire tomber ma pizza de son plat. Il faut dire que je n'ai jamais mangé une pizza aussi grande et aussi bonne. Les Italiens savent faire des bonnes pizzas, quoi qu'en dise Descartes sur le doute et les préjugés.

16h00.

La prochaine étape est de traverser le tunnel du mont blanc pour atteindre Chamonix et revenir dans notre canton Parisien. Nous mettons tout en oeuvre pour faire du stop et essayer d'être pris. Nous nous divisons en trois groupes. Comme par magie, le groupe contenant Anais, la seule fille du séjour, est tout de suite embarqué en stop. Quant à moi, j'ai beau essayer tous les signes, tous les clins d'oeil, toutes les incantations, rien ne fonctionne. Nous sommes donc contraints de prendre le bus.

18h00.

Nous prenons donc le bus qui mène à Chamonix. Nous passons le tunnel qui traverse le mont blanc. Je suis impressionné par la droititude, la longueur et l'étroiture de la route.

21h00.

Saint-Gervais. Tout le monde est dans le train. J'ai appris que le mont blanc s'élevait à 4810 mètres, ce qui est plus haut que ce que mon imaginaire pensait. Le train s'en va. Adieu la montagne. Adieu Peck's des montagnes. Adieu Wagner. Adieu la Mort

Samedi : retour mondain.

00h00.

Nous sommes toujours dans le train et avons aménagé un dortoir pour en faire un salon de thé. Jepetto a acheté du génépi pour l'occasion, mais ça ressemble plus à de la vodka aux hormones. Les conditions sont alors parfaites pour pouvoir entamer un débat sociophiloploliticohistoricoéthique.

7h00.

Nous revoilà à la gare d'Austserlitz. Retour à la case départ. Comme promis, je cours vers le piano et j'interprète non pas des chants du Sivaland, mais mieux. Prélude de Jean-Sebastian Bach. J'ai l'impression d'être dans un rêve, je suis trop content de pouvoir rejouer du piano !

9h00.

Parmi les retrouvailles, il y a le RER B, avec ses passagers qui confondent Martin avec un ours. D'ailleurs Martin, à défaut d'être mon guide de montagne, est devenu aussi mon prof d'économie en m'offrant le Manuel d'économie moderne de J-P. Betbèze. Je le remercie, même si se lire semble trop complexe pour que je le lise tout de suite.Parmi les retrouvailles, il y a le RER B, avec ses passagers qui confondent Martin avec un ours. D'ailleurs Martin, à défaut d'être mon guide de montagne, est devenu aussi mon prof d'économie en m'offrant le Manuel d'économie moderne de J-P. Betbèze. Je le remercie, même si se lire semble trop complexe pour que je le lise tout de suite.

10h00.

Et nous retrouvons notre sainte Patrie, je veux parler de Palaiseau. L'équipe se distille, et nous ne sommes plus que Joel, Jepetto, JHN et moi pour redécouvrir les joies des viennoiseries dégustées au café de la gare de Palaiseau. Nous sommes heureux.



Voilà. Ce voyage touche à sa fin. Cette marche a eu son lot de peurs, de cris, d'inconfort, mais elle m'a permis de côtoyer la beauté des paysages, la bonté des moines de l'hospice, et elle m'a surtout permis de traverser la Grande peur de la montagne, du vide, et de la Mort. Je me dis qu'à présent, je n'aurais plus peur des petites bricoles socio-écolo-mondaines. Il m'incombe à présent de prouver, dans les prochains jours et les prochaines nuits, dans les actes, ces derniers mots.

Au nom de Jepetto, de JHN, de Joel, de Martin, d'Anais, de Sébastien, et de Frahn, pour les siècles des siècles, puisse le Sivaland vous bénir. Ast.