L'Homme-Oiseau

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un conte thérapeutique de François Sivade

C'était un drôle de monsieur, ce Caladrius.

Depuis son plus jeune âge, il rêvait de voler au-dessus des nuages, là où il fait toujours beau. Mais au lieu de cela, il avait décidé de faire carrière dans les mines qui se trouvent sous nos pieds. Il passait sa vie dans une sombre grotte à taper sur des pierres avec son épée sans trop savoir pourquoi il faisait ça. En dehors de cette occupation bien particulière mais finalement commune là où il habitait, il occupait son temps à boire des bonnes bières et à jouer aux dés avec ses amis.

Caladrius n'était pas malheureux dans sa vie. Mais on ne pouvait pas non plus dire qu'il était très heureux. A vrai dire, il ne savait pas trop s'il était heureux ou malheureux, et pour être honnête avec vous, il s'en contremoquait. C'était un homme dur comme une pierre qui n'était pas du genre à trop réfléchir sur lui-même.

Jusqu'au jour où...

Un matin. Caladrius se réveilla, noyé dans sa sueur. Une douleur atroce au niveau des épaules ! Caladrius suffoquait, il n'avait jamais eu aussi mal de sa vie, et je ne maximise pas, ce n'est pas mon genre de conteur. Il fallait à tout prix que cette douleur cesse !

Il sonna l'alarme.

Il prit congé dans la forêt secrète derrière le village pour rencontrer un vieux guérisseur qui avait eu le mérite de guérir Schumann de sa névrose existentielle. Ce druide était fort aimable. Tant aimable qu'il lui lança des pierres sur le visage sous prétexte qu'elles avaient des dons de guérison. Le problème, c'est que le pauvre Caladrius, en plus de suffoquer des épaules, souffrait à présent du visage.

Il prit alors la fuite chez Cristal, une charmante femme qui fabriquait des verres en cristal pour offrir du vin aux plus beaux casseurs de pierres du village. Il prit beaucoup de plaisir à flirtailler avec elle et boire du vin, mais le plaisir ne put suffire à calmer l'horrible souffrance de Caladrius.

Le malheureux eut alors l'excellente idée d'aller voir François Sivade faire son one-man-show à L'Olympia. C'était un humaniste humoriste reconnu par ses pairs. D'ailleurs, toute la Doxa était d'avis de dire qu'il était bien rigolo avec son pantalon jaune et son gratte-doigt (de quoi ?). Mais pendant tout le spectacle, le pauvre Caladrus ne pensait qu'à une chose : ses épaules !

Désespéré, il rentra chez lui par l'étroite route de la désolation. Sur le chemin, un mendiant tout trempé par l'averse répétant en boucle :

- La patience, après la mousson, les tropiques. La patience, après les gravillons, la basilique.

Ces mots résonnaient dans le cerveau de Caladrius. Il prit alors une retraite et décida de ne rien faire, et d'attendre. Pendant quelques jours, quelques années, quelques siècles (Au Sivaland, les hommes sont éternels).

Et puis un beau jour, un matin, un miracle. Il ne s'agissait ni du retour de la croissance, ni d'une brique en or, ni de la venue de Cristal. Non. Caladrius ne souffrait plus des épaules. Pire ! Il avait à présent des ailes à la place des bras. Il en avait fallu des heures et des larmes de peines et de désespoir pour que ces ailes puissent voir le jour.

À présent, Caladrius pouvait voler (c'est en fait pour ça qu'il s'appelle comme cela). Voler aussi haut qu'il pouvait. Caladrius était un homme-oiseau et pouvait à présent quitter les mines pour réaliser son rêve le plus cher : voler au-dessus des nuages, là où il fait toujours beau. Toujours.

Le destin de l'homme-oiseau vous fait envier je le sais bien. Mais combien de souffrance l'ancien casseur de pierres a-t-il enduré pour jouir de ses ailes ? Caladrius n'y pense plus. Laissons-le voler.

Quant à nous, il ne nous reste plus qu'à être patient, pour pouvoir voler un jour avec lui, au-dessus des nuages, là où il fait toujours beau.

Toujours.