Premier discours de Joseph

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l'hyperconcrétivisme exporté aux sciences sociales

Un jour, Joseph, trente cinq ans, titulaire d’un master d’histoire et peintre en bâtiment, se réveille un peu tôt. Encore chancelant, il tente de descendre l’échelle de sa mezzanine. Il arrive alors ce qui devait arriver : chute du corps, loi de la gravitation, rencontre violente entre le crâne de Joseph et le tapis de la chambre.

Il se relève, sérieusement marqué par le coup, et tire une tête de cinglé à la glace de l’armoire.
Ça y est, son sens commun vient de rendre l’âme. À la place, il se sent pousser une vocation. Il va faire de l’histoire prospective, exactement, oui, prospective. Désormais définitivement ravagé, il se jette dans les escaliers, l’imperméable à moitié enfilé, direction Chez René, le café du coin. Il faut qu’il raconte ça à quelqu’un, c’est pas possible, c’est génial, il est historien du futur.

Voici ce qu’il disait en entrant.

« Dans plusieurs jours, plusieurs mois, plusieurs siècles, adviendra l’Ère gustière. Les données physique de la planète se stabiliseront aux alentours d’un climat tempéré bien rythmé par un saison de neige, et une saison de grand soleil, et les données psychologiques n’en seront que meilleures. Pour des raisons géologiques encore obscures, la majorité des habitants du monde vivront au bord de l’océan et au pied des montagnes. D’un côté - disons à droite - se dresseront de gigantesques massifs montagneux dont la pointe fière et droite descend jusqu’à la mer, de l’autre l’immensité de la plaine, remplie d’herbe, de forêts et d’indiens.

Observons un instant ce monde à peine imaginable d’avant-gardisme.

Les différentes sociétés formées à cette époque nous paraissent troublantes de simplicité et de sagesse. La vie de ses membres s’organise autour de l’esprit et du corps, en proportions – et c’est sans doute là le génie de ces hommes et femmes – équilibrées. Une partie importante de l’activité collective se déroule en effet dans un espace de sociabilité défini, mais dont le périmètre et la fréquence peuvent varier. Il s’agit de se réunir en plein air ou dans une grande salle selon l’occasion pour laisser libre cours à sa sagacité et sa curiosité du monde en conversant avec un ou plusieurs partenaires à la fois, de sorte que l’agitation dégagée par la personne attise celle des autres. Chose étonnante, le fait de manger est facultatif lors de ces réunions, qui peuvent si la conjecture le permet, également faire office de repas.

Les raisons d’un tel phénomène proviennent sans doute de la gestion gastronomique particulière dont fait preuve l’espèce humaine de l’Ère gustière, qui obéit au principe dit « fait comme tu le sens » - également valable pour nombre de domaines différents – aboutissant à des rythmes alimentaires variant en fonction des individus. Parmi le grand nombre de disciplines scientifiques développées, on ne trouve rien qui ne corresponde à un diététicien et la notion d’espérance de vie est vaguement connue, mais plutôt ignorée. La liberté des individus est effet très étendue, tant sur le plan politique que sur le plan des mœurs. On recense par exemple plus d’une trentaine de types de mariages, chacun ayant des caractéristiques bien précises, façonnées par une longue tradition familiale. Chacun fait sa demande en précisant le type d’union évoqué – les plus prudents prévoient plusieurs demandes en cas de refus – et si les mariages n’ont que rarement force obligatoire, rien n’empêche d’inventer de nouveaux types d’union (cela fait chic dans certains milieux). La sexualité est le genre de truc qu’on fait à deux, avec qui on veut, et un large choix quand au moment adéquat.

L’essentiel de l’activité des individus est partagé entre activité intellectuelle et activité physique dans le proportions variant d’un individu à l’autre, mais n’excédant rarement le rapport deux tiers/un tiers. La culture chante - par de nombreuses disciplines artistiques et techniques - la beauté sous toutes ses coutures, et constitue le fondement des principales croyances sociales. On recherche surtout ce qui est beau pour expliquer l’existence humaine. Il n’y a pas à proprement parler de religion, mais plutôt une combinaison d’explications artistiques et scientifiques plus ou moins opérantes partagée par le plus grand nombre. Ces croyances ne s’imposent nullement, et les sociétés sont traversées par de multiples débats et controverses, qui constituent un grande part de leur dynamisme.

En effet, du fait de la grande autonomie laissée à l’individu, ces sociétés sont loin d’être stables - au sens sociologique du terme, c'est-à-dire dont les structures sont figées pour une durée raisonnable à l’échelle de l’histoire – et sont pour cela en perpétuelle redéfinition d’elles-même. D’où la production délirante d’institutions de tous genres qui naissent et disparaissent ; la seule à se montrer récurrente dans ses apparitions successives sous des formes et des noms assez similaires est ce qu’on pourrait appeler « l’Assemblée parlementaire ». On y débat de tout, et sur tous les tons. La controverse est l’une des choses les plus fondamentales pour les humains sous l’Ère gustière, c’est le moment où chacun se met au clair avec les sujets existentiels. Elle constitue le cœur de cette « vie publique » que les sociologues et les dramaturges de l’époque ont opposée à la « vie mondaine » détaillée plus haut. Les questions et les réponses métaphysiques sont cependant l’une des choses les plus stables – ce qui constitue un élément d’explication de l’étonnante longévité de ces sociétés, même si comme on le verra plus tard, l’assiette des causes est plus vaste - les sujet suscitant les plus vifs désaccords et empoignades sont clairement les question politiques et esthétiques. Le régime politique est comme on va le voir d’une rare complexité, il suscite dont régulièrement des problématiques explosives. Quand à la beauté, il est quasiment impossible de réunir un consensus à son sujet, chacun ayant son mot à dire, ou son traité philosophique à écrire. L’étrangeté géniale de ces sociétés est peut-être de reproduire peu ou prou les mêmes débat aux fils de génération, bouleversant le fondement de ses principes, pour lui en substituer un autre, consacrant à chaque fois les mêmes principes d’une manière nouvelle. Les séances se tiennent la plupart du temps dans le même lieu, qui généralement sert aussi de théâtre pour les plus petites communautés. Chaque assemblée possède son règlement personnel, le plus souvent traditionnel, qui organise les prises de paroles et la régularité des séances, prévoyant presque toujours la possibilité de séances exceptionnelles en cas de force majeur. La présence aux séances n’est pas obligatoire, mais on ne peut pas voter à distance. Toute personne est admise à l’assemblée dès lors qu’elle sait nager, chanter une chanson, et tenir une heure sans parler (critères les plus répandus à l’Age Classique).

Le système politique est des plus étonnants. A priori, il a l’apparence d’une démocratie directe fonctionnant pour l’essentiel à l’échelle de la commune. Cependant, le juriste n’identifie ici aucune institution. La pratique politique se déroule pour l’essentiel au sein de ces assemblées parlementaires, mais ne peut s’identifier à celles ci puisque qu’on y débat également d’autres sujets. De même le territoire concerné reste flou. Ceci provient de la taille des assemblées qui varie, mais surtout de la force obligatoire de décisions prises. Les motions sont prises à la majorité, mais n’obligent que ceux qui l’approuve. La garantie du respect de la mesure provient donc de la capacité des partisans de celle-ci à dissuader les éventuels partisans de mauvaise foi. Ainsi la taille du territoire politique varie en fonction de la mission concernée. Généralement le service d’eau concerne un périmètre dans lequel se trouve un lac ou un fleuve, les services postaux sont à l’échelle régionale, voire interrégionale tandis que le territoire agricole par exemple, est plus restreint. Les assemblées ont la possibilité de contracter avec d’autres assemblées. Ne disposant pas d’un corpus général d’obligations, chaque collaboration est évaluée à l’aune des garanties que présente le contractant.

Ainsi, l’Ere gustière attribuent à la politique deux objectif fondamentaux. D’une part la gestion des ressources, d’autres part la préservation des libertés individuelles. Pour cela, les sociétés mettent régulièrement en places des structures capables d’atteindre ces deux objectifs. L’exemple le plus significatif est sans doute celui des communautés alpo-méditerapeuthiques à la toute fin de l’Age Classique, avec l’invention de «l’Office de la réussite générale ». Les principaux acteurs politiques ont développé une sorte de service public, fonctionnant sur le principe du service civique. Les jeunes hommes et femmes consacraient deux ans de leur vie à produire en quantité suffisante les produits alimentaires, sanitaires et énergétiques de première nécessité, et à assurer la sécurité publique. L’organisation n’a aucun personnel permanent, de sorte que lors de la seconde année, les officiers deviennent administrateurs du service et forment les nouveaux arrivants. La participation au service est facultative, mais ne bénéficient de celui-ci que les personnes (et ceux qu’elle ont leur charge) ayant fait leur deux ans, habituellement on « fait son service » à partir de l’age adulte (assez proche de l’état requis pour être admis aux sessions parlementaires), mais on peut le faire à tout âge, il constitue incontestablement dans toutes les sphères sociales un élément d’éducation. Il est très difficile d’ailleurs de se faire une idée de ce qu’est l’éducation à cette époque. Elle est pour l’essentiel laissé à la discrétion de la famille et des proches. Néanmoins, on suppose que l’on apprend à lire, écrire, compter, raisonner, voyager, chanter et manger.

Ce qui différencie les sociétés gustières des sociétés grecques de l’Ere préchrétienne, au delà de leur caractère plus libéral et leur supériorité technologique, c’est le rapport au travail. L’activité physique est valorisée à travers le sport et la découverte du milieu naturel, mais également par le travail. En effet, au-delà du strict nécessaire pris en charge par la collectivité, c’est l’individu qui subvient à ses besoins, à toute âge, excepté l’enfance. Le fait de travailler est tout à fait admis, bien qu’il n’existe pas de définition à proprement parler du travail. Dans les communautés du bord du septennadriatique rouge, par exemple, les jeunes adultes commencent par acquérir une terre. Il l’obtiennent généralement de l’assemblée parlementaire, qui en échange lui demande de l’aménager. La terre leur appartient alors, bien qu’il n’existe pas de propriété au sens strict, ils ont droit de veto sur tous les visiteurs passant le seuil de leur future habitation. Car contre toute logique, plutôt que de construire et exploiter tout de suite la terre, ils laissent celle-ci en friche et partent dans les montagnes. C’est le début de la chasse. Les femmes comme les hommes visitent les forêts et traquent les pistes de chevreuil, de sanglier, ou de la faune locale, si elle est originale. Le grand objectif de cette première chasse est de réfléchir sur son projet personnel. Le but est donc surtout d’affûter l’ingéniosité des chasseurs, plutôt que de les nourrir. La plupart s’embarquent avec des vivres, et certains ne chassent pas d’animaux, mais des pierres ou des anciennes fourgonnettes des services postaux, voir ne chassent pas du tout. Puis au bout d’un moment choisi différemment par chacun, le jeune adulte revient déposer ses trouvailles sur sa terre, qui sont la plupart du temps des ouvrages artistiques ou intellectuel qu’il a entamé – et parfois achevé – lors de sa promenade forestière, mais quelques fois cela peut être également de la matière : métaux rares, bois intéressant, mixture étrange, résultats chimiques d’expériences empiriques, etc. Il a alors le choix entre plusieurs suites possibles. Soit il décide une traversé d’un désert - se destinant généralement au commerce et à la poésie – qui lui permettra d’achever sa formation. Dans un tel cas, on dit qu’il est en recherche de désert : pendant plusieurs années il sillonne les villes, collectant les informations sur le meilleur des désert existant, puis s’achète un dromadaire et le traverse. Soit il opte pour un voyage en mer, ce qui lui laisse plus de choix quand au lieu et à l’embarcation. La musique et la médecine nécessitent un petit tonnage et de nombreuses escales, tandis que le cinéma et l’agriculture demandent une longue traversée. Bien souvent, les voyageurs doivent conduire le véhicule par eux-mêmes. L’aviation est le plus souvent prisée par les acteurs, les électriciens, et les restaurateurs. Certains trouvent des variantes, longtemps le cursus littérature – architecture comprenait un long séjour sur les côtes brétonordiques, entre plongée sous-marine et observation des collines. Puis, lorsqu’il a achevé son voyage, le jeune adulte finit par revenir à sa terre en fait ce qu’il veut. Il développe l’activité qu’il a inventée. La plupart continues à travailler avec la méthode la forêt éclaircie les idées, dans le milieu de la haute et basse couture, par exemple, on voit énormément de tailleurs tailler des herbes avant se mettre au tissu.

Ce type d’organisation économique a de quoi dérouter : productivité très élevée et une production qui stagne ; des profits très faibles un taux d’investissement quasi nul, et développement record de l’innovation. Cela tient au mode de production des biens que l’on pourrait qualifier de « semi-industriel », au sens où est elle souvent mécanisée, mais complètement décentralisée. C’est l’une des particularités les plus surprenantes de la période. La taille moyenne d’une unité productive ne dépasse pas la dizaine d’individus. Il existe ainsi des millions de petites entreprises, extrêmement productives du fait de leur équipement et savoir faire technique, mais peu organisées sur le plan administratif. Sur le plan juridique, c’est encore plus alarmant : il n’existe à proprement aucune réglementation de l’activité économique, ni même sur la propriété. Mais pourquoi donc ?

Un peu d’histoire prospective, voulez vous.
Les historiens du futurs attribuent généralement cette forme originale d’économie à un « processus d’individualisation des moyens énergétiques », qui – semble-t-il – est entamé bien avant le début de la période dite caverneuse, puisque que c’est sous le règne d’Hector de Bavard qu’est prise la première ordonnance qui va tenter de réglementer l’innovation et la recherche. Après la Grande Crise Universitaire, qui laisse les académies plus vides que des pensionnats et enterre la notion de brevet scientifique, les ingénieurs revendiques « l’autonomie de la volonté conceptuelle », et entament une série de grèves et de manifestations. C’est le début de la Science Baroque, les conférenciers quittent le laboratoires et l’amphithéâtres pour venir faire cours dans la rue. La science a besoin de public, entend on partout, et les blouses blanches battent le pavé devant le palais royal, et scandant sur un ton didactique « un public, on veut un public ». La Science se cherche un public, et les orateurs rivalisent d’originalité pour appâter l’amateur. Les théories nouvelles foisonnent, certains montent leur propre maison d’édition, on publie à tout va des thèses à réveiller les morts. Le citadin moyen – le public – se laisse prendre au jeu. Surpris dans sa somnolence intellectuelle de fin de civilisation, il se met peu à peu à discuter racines carrées, on s’improvise chercheur, épistémologiste, on s’envoie des chiffres, des lettres, des débuts de preuve dans la figure. Mais qu’est ce qu’une preuve ? C’est l’anarchie, c’est le chaos du monde.

Devant le nombre et la diversité des propositions scientifiques existantes, le régime décide de faire quelque chose et construit une bibliothèque. C’est l’ordonnance d’Hector le Bavard. Désormais, chaque chercheur pourra déposer ses conclusions dans un lieu où tous pourront les consulter. Les lecteurs classent, ordonnent, et dégagent les théorèmes les plus intéressants. L’initiative est un succès complet, et l’on se voit bientôt obliger de construire des bibliothèques dans chaque chef lieu de région, ce qui précipite la chute d’Hector le Bavard qui refusait de débloquer les crédits nécessaires. Résultat : on change de régime et le processus énergétique démarre. En effet, parmi les innombrables théories déposées sur l’énergie, une dizaine se révèlent très facilement exploitables, et se répand comme une traînée de poudre. Consultables en bibliothèque, elles deviennent rapidement la recette populaire pour se constituer un moyen de production d’énergie à domicile. Quelques siècles plus tard, le savoir faire s’est fixé, les inventions les plus efficaces se sont diffusées. Désormais chaque foyer produit son énergie comme on fait du pain. Suit ensuite le développement des moyens transports, directement liés à l’augmentation du nombre d’unités productrices d’énergie, qui installe durablement le voyage dans les cultures. L’importance donnée au commerce maritime dans, par exemple, typique de l’age classique, est le résultat des progrès fait par les pécheurs des côtes méditérapeuthiques sur les embarcations, notamment l’installation à bord du four à pain qui permettait capitaine d’emmener toute la famille.

L’impact sur l’ensemble de l’économie est immense. Toute la production s’organise autour de la multitude de foyers producteurs et se spécialise en fonction des régions et des cultures, mais dans l’ensemble la nature des biens produits n’est pas fixe, et les entreprises changent constamment d’activité économique. Il en résulte un certain flou artistique sur la destination du bien produit : on peut le consommer soi même comme on peut le vendre, il n’y a pas de règle. Dans un tel cadre, il est pratiquement impossible d’instituer une monnaie sur un territoire qui dépasse le département, et le commerce se pratique dans un grand nombre de devises dont les valeurs relatives ne sont pas toujours identifiables. Fait marquant, le développement du savoir technique entraîne un baisse progressive des taux de profits, phénomène caractéristique de la période, qui néglige royalement la notion d’investissement.

La caractéristique principale de ces sociétés aura justement été d’ériger d’inventer un « principe de négligence » pour tout ce qui ne se montrait pas résoluble. La culture et les mœurs du début de la période fruit des bois, bâtis sur une décentralisation précoce des moyens de productions, mettent particulièrement en valeur l’état psychologique et anthropologique de l’homo sapiens en ces temps là. L’abondance est décrite comme capricieuse et indomptable, en littérature comme en peinture. La grandeur et l’humilité sont difficiles à distinguer, le cinéma s’amuse à les confondre, l’architecture les réconcilie, et la musique improvise sur le thème de la fragilité, de l’héroïsme, de la douceur de vivre. L’homme cherche l’équilibre, la proportion, la force, la vitesse, la caresse – à tel point qu’on n’y comprend rien. La complexité des croyances et des connaissances, la rationalité bien particulière dans laquelle elles évoluent suggère tant de paradoxes pour l’historien du futur, qu’il doit reconnaître la limite de ses moyens intellectuels, incapable d’appréhender un tel manque de logique. Autres temps, autres mœurs. Ces gens là ne tournent pas rond. Ou plutôt, ils tournent autour d’un autre soleil. Voyez vous, c’est ce qu’il ne faut jamais perdre de vue en histoire. Les sujets sont toujours incompréhensibles, les idées toujours insaisissables, parce que les cerveaux qui les créent ont grandis dans un monde si différent du notre, que toute tentative de discussion avec une époque est un dialogue de sourd. Mais le relativisme, qu’est ce que c’est pour un historien ? Une hypothèse parmi d’autre. L’historien n’a que des hypothèses, il parie, il joue au tiercé, il choisit son cheval. Et moi, comme j’ai envie se savoir jusqu’où il va, mon cheval, je fais de l’histoire prospective. »

Silence.

Les clients du café René se regardent. C’est qui ce mec ? Y en a encore des comme ça, qui se prennent pour des prophète ?

Toute la bande du samedi est là. Fernand, le soudeur chez Renault qui parle avec l’accent de Montpellier. Etienne, son collègue, le Normand. Les frères Marceau, manutention, bâtiment, amateurs d’athlétisme. Dédé, le roi de la bière, sans activité depuis belle lurette. Et Marcel, le barman, le neveu de René. Le tiercé, ça les connaît, ils y jouent toutes les semaines. Mais faut pas déconner, l’autre il est pas réaliste. Alors Marcel pose son journal, écarte son verre, et résume.

« Tout ceci relève d’une utopie populiste et dangereuse. Si l’on tient compte des prévisions de croissance annuelle de la BCE, en y intégrant une marge d’erreur possible qui inclue les fluctuations des différentes politiques économiques européennes envisageables, on voit bien que pour revenir à un taux de chômage équivalent à celui de 1969 (calculé par l’OCDE) – sur la base d’une hypothèse de croissance de 1,2 point par ans conditionnée à une inflation relativement stable – il faut attendre 2025. »