La pistachière

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un conte thérapeutique de François Sivade

Il était une fois, dans un village provincial, un écolier de renom. Ses maîtres appréciaient sa rigueur, son bon sens et ses capacités à inventer des nouvelles machines à briser les pistaches.

Malgré son ingéniosité, l’apprenti peinait à résoudre le seul problème qui échappait à son intellect: le sens de la vie.

Il avait beau lire les ouvrages de la bibliothèque universitaire, relire toutes ses notes de cours et sonder les parcelles intimes de son âme, aucune réponse.

Il partit alors mener son enquête dans le village.

Il rencontra le maréchal Hautain. Voici sa réponse sur la question du sens:

« Se battre pour le bien de notre village, voici le but de toute existence. Lâchez vos théorèmes, et rejoignez notre légion ! »

L'érudit n'avait jamais été très bon bagarreur, et puis il ne voyait pas l'intérêt de conquérir les villages voisins mis à part celui d'alimenter le dédain des troupes.

Il continua sa route et questionna au passage son artiste-peintre préféré :

« Le sens de la vie ? Sacrifier corps et âme à l'achèvement d'une œuvre digne des plus belles et des plus divines, et ainsi accéder à l'immortalité. »

L'étudiant n'était pas dupe. Schubert, Monet et Pascal n'étaient plus de ce monde à ce qu'il sache. Et puis il n'était guère un bon peintre.

Il repris le chemin qui, comme tout bon chemin qui se respecte, menait à l'église. Un prêtre en toge rose l'attendait à l'entrée : « Pauvre pêcheur, je perçoit la confusion de votre esprit. Ayez Foi en moi, et vous serez sauvé, car le sens de la vie, c'est le jour où vous serez au paradis. »

Le disciple ne portait pas une grande confiance à ce prêtre. Il n'avait jamais péché de poissons de sa vie et il n'avait pas envie d'attendre la fin de sa vie pour résoudre son problème.

Il prit alors la route du retour, sans réponses.

Mystère.

Une nuit passa, et au matin, il s'arrêta à la première pistacherie venue.

Au moment de payer son fondant aux pistaches, un éclair, un bouleversement, un cataclysme : les yeux de la pistachière.

Il n'avait jamais perçut une telle beauté, un tel charme, une telle splendeur dans le corps d'une femme.

A sa sortie, la question du sens de la vie n'était plus d'actualité. Le fondant aux pistaches, le visage de la pistachière et le goût de vivre l'avaient remplacés.

Mais qui s'en plaindra ?

Le maréchal Hautain peut-être, mais là on s'égare du conte.