L'océan de la plénitude

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un conte thérapeutique de François Sivade

Il était une fois un paysan qui vivait dans une ferme perdue au fin fond de la campagne. Malgré des journées occupées à élever des lapins, éplucher des patates et entretenir un moulin, il s'ennuyait ferme. Le bougre ne rêvait que d'une chose : admirer l'océan et ses horizons sans fin.

Décidé à rompre avec la lassitude, il se construisit un radeau pour pouvoir naviguer sur la rivière qui coupait le hameau. On l'appelait la rivière de la vie. Sa famille l'alerta : aucune personne s'étant aventurée sur ce cours d'eau n'était revenue sauve. Malgré ces avertissements, il embarqua discrètement à bord de sa création, pour le meilleur et pour le pire.

Le début du trajet fut paisible jusqu'au moment où le torrent traversa une forêt morbide aux odeurs intenables. Le pauvre radelier souffrait d'une douleur de plus en plus sournoise à mesure qu'il s'enfonçait dans les bois et qu'il s'imprégnait de cette émanation. Il tenta alors de rebrousser chemin à contre-courant, mais le flux s'amplifia à mesure qu'il s'efforçait de faire marche arrière.

À bout de souffle, le péon eut une idée de génie : lâcher ses rames.

Il cessa toute lutte et accueillit avec bienveillance les arômes de la forêt.

Il fit un somme.

Au réveil, un miracle. La rivière l'avait mené jusq'aux merveilles océaniques. Lui qui rêvait tant de contempler la mer, le voici comblé.

Cette histoire lui avait révélé le seul moyen d'accéder à l'océan de la plénitude :

accepter le courant de la vie.