Le décor de LEMMING

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Modernité, Réalisme, Stylisation.

 

Chaque mois, l’Association des Décorateurs du Cinéma (ADC) propose de découvrir au cinéma Le Grand Action (Paris 5ème) un film en salle en compagnie d’un chef décorateur et souvent d’un autre technicien ou artiste ayant participé au projet.
En septembre, les spectateurs ont pu visionner Lemming (2005) en compagnie de Dominik Moll, réalisateur, de Jean-Marc Fabre, chef opérateur et de Michel Barthélémy, chef décorateur du film.
J’ai trouvé le travail de l’équipe déco particulièrement intéressant sur ce film, notamment parcequ'elle a recréé en studio l’intérieur d’une maison moderne de plusieurs étages.
L'esthétisme et la vraisemblance sont conjugués grâce à des "astuces" propres au métier du décorateur.

Lemming est un film étrange, proche d’un cauchemar éveillé.
Il était important pour l’équipe que l’étrangeté viennent des personnages et des situations plutôt que des décors.
Pour faire vivre le jeune couple modèle dont on suit l’histoire, le choix s’est porté sur une maison moderne, cubique, apte à évoquer la réussite aussi bien que l’enfermement.

 

Il n’était pas possible de tourner dans la vraie maison, car l’espace était inutilement compliqué, ce qui n’aurait servi ni la narration, ni l’équipe du film…
Tout est en studio : de l’étage à la buanderie (où le lemming est retrouvé mort) à l’exception du garage qui donne sur le jardin et qui est tourné dans la maison réelle.
Le raccord entre décor et maison réelle se fait donc en sous-sol.

 

Pour la petite histoire, l’équipe a utilisé le plateau B1 des studios de Bry-Sur-Marne qui est celui que Patrick Sébastien utilisait à l’année pour ”Le Plus Grand Cabaret du monde”.
Il n’est pas utilisé à la période estivale et ce délai convenait au chausse-pied pour le film.

 

Photographies du décor en construction sur le plateau B1. On voit notamment bien l'escalier qui mène du rez-de-chaussée au sous-sol. Une partie de la fosse a été démontée le temps du tournage .

 

Pour la mise en scène, il était important d’avoir trois niveaux dans la maison. Le sous-sol, avec le garage; le rez-de chaussée où vit essentiellement le couple; et l’étage avec la chambre d’ami où a lieu le suicide.
Pour restituer l’ambiance de la vraie maison, il a fallu recréer la sensation des lumières de la ville en contrebas. L’équipe déco a utilisé pour cela des petites guirlandes, ce qui fonctionne très bien.
Travail particulier à ce film, l’équipe a eu l’occasion de restituer le “blanc” des murs par toute une gamme de gris en studio. Dans la réalité, quand on visite des décors réels pour un film, les murs sont souvent blancs.
Ce n’est pas photogénique, surtout si on tourne de nuit et dans un petit espace, comme un escalier ou un couloir, cela peut compliquer le travail du chef opérateur car un mur blanc renvoie la lumière et fait office de réflecteur.
Les murs et les plafonds de la maison ont l’air blancs mais il y a en fait une gamme de gris, jusqu’à des tons assez soutenus.

 
Un grand merci à Michel Barthélémy qui nous a partagé les photographies du décor !